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Le commerce

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Jean Marc Henry ajoute une seconde distinction. Pour évaluer les effets du commerce, il faut distinguer les relations internationales et les relations interindividuelles (à l’intérieur d’un même pays). De fait,

« si l’esprit de commerce unit les nations, il n’unit pas de même les particuliers ».

Si Jean marc Henry corrige et nuance sa thèse initiale, il change aussi de point de vue : désormais, il s’intéresse moins au « commerce » qu’à « l’esprit du commerce ». Il s’agit de décrire la mentalité et les manières de penser, qui ont été intériorisées par les individus, du fait de leur implication croissante dans les activités économiques. En ce sens, l’essor du commerce a pour effet de modifier l’état d’esprit des hommes. En considérant

« les pays où l’on n’est affecté que de l’esprit de commerce »,

Jean Marc Henry fait un double constat. Tout d’abord, la logique économique tend à s’étendre, au-delà du commerce, à tous les secteurs de la vie humaine ; tout devient l’objet d’un échange :

« on trafique de toutes les actions humaines, et de toutes les vertus morales ».

Dans ces lignes, on retrouve la tendance de notre société actuelle, à vouloir tout transformer en marchandise : l’activité économique devient l’activité principale, à laquelle toutes les autres activités sont ramenées. Si on peut vendre sa « force de travail » (comme dira Marx), on peut aussi vendre, par exemple, ses connaissances, ses compétences, ou encore une partie de son corps (pensons au trafic d’organes). Or, si tout est transformé en marchandise, tout a aussi un prix et donc rien n’est gratuit. Les individus, intériorisant « l’esprit du commerce », deviennent incapables d’accomplir des actes désintéressés :

« les plus petites choses, celles que l’humanité demande, s’y font ou s’y donnent pour l’argent ».

Ainsi, à force d’échanger, on perd la faculté de donner. Quoi qu’il fasse, l’homme commerçant attend une contrepartie, et veille scrupuleusement à ce que les biens ou les services échangés soient de valeur égale : il a, en effet, « un certain sentiment de justice exacte », tel qu’il défend toujours ses intérêts « avec rigidité ».

Le souci de justice qu’il manifeste résulte de sa conscience calculatrice, et n’a donc rien de moral ou vertueux : chaque transaction doit respecter une égalité numérique entre ce qui est donné et ce qui est reçu ; l’homme commerçant ne transige jamais avec cette règle, sauf si, bien sûr, l’échange inégal se fait à son avantage.

Par conséquent, « l’esprit de commerce » s’oppose à la fois au « brigandage » et aux « vertus morales » : celui qui fait du commerce, certes, n’est pas violent ; mais, n’agissant que sous l’aiguillon de son intérêt personnel, il n’est pas non plus moral.

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